L’Imam, l’illustre savant Baqîy ibn Makhlad (Qu’Allah lui fasse Miséricorde) est né en 201 après l’hégire en Andalousie (Espagne musulmane) et mourut en 276 après l’hégire. Il a 20 ans quand il entend parler d’un homme possédant une science des Traditions prophétiques particulièrement grande : l’Imâm Ahmad Ibn Hanbal (Qu’Allah lui fasse Miséricorde).

Le seul problème est que cet immense savant vit en Irak à Bagdâd, ce qui n’est pas la porte à côté. Ne possédant pas beaucoup d’argent mais très déterminé dans la recherche de la Science, Il décide d’y aller en marchant.

Il descend alors l’Espagne, loue une embarcation pour rejoindre l’Afrique du Nord qu’il traverse à pieds d’Ouest en Est. Et le voilà aux portes de l’Irak (on rapporte que ce voyage dura entre 2 et 5 années).

Survient alors une autre difficulté. Il arrive au moment où l’Imâm Ahmad est opprimé par le pouvoir en place car il refuse d’adhérer au Mu’tazilisme devenu doctrine d’état. D’ailleurs, on lui a depuis peu interdit de donner des cours de science religieuse.

Baqîy ibn Makhlad entend donc des accusations à l’encontre d’Ahmad Ibn Hanbal. Se serait-il trompé et marché toute cette route pour rien ? Il raconte :

« En m’approchant de Bagdad, j’appris la sanction contre l’imâm, à savoir l’interdiction de continuer ses cours. Je fus effondré. En arrivant dans la ville, j’entrai dans une mosquée où une grande assemblée de science était réunie autour d’un homme qui parlait de narrateurs de Hadîths. Je m’enquis de son identité et on me dit qu’il s’agissait de Yahyâ Ibn Ma’în (rahimahoullah). Je saisis cette occasion en m’approchant de lui et je dis : « Ô Abû Zakariyyâ ! Qu’Allah te fasse miséricorde ! Je suis un voyageur qui vient de loin et j’aimerais te questionner. »

Il me donna la permission. « Je lui demandai alors à propos de certains narrateurs de Hadîths »Il approuva certains et désapprouva d’autres. Enfin je demandai « Et que penser de Ahmad Ibn Hanbal ?» Il me regarda avec étonnement et dit : «C’est moi que tu questionnes à propos de Imâm Ahmad ? Par Allah ! C’est l’Imam des musulmans et le meilleur d’entre eux! »

Sa réponse me remplit de courage. Je me mis à la recherche de la demeure de l’imâm. Une fois devant sa porte, je frappai. L’imâm m’ouvrit.

Je saluai et dis : « Abû Abdillâh ! J’aimerais étudier les Hadîths et j’ai entrepris un long voyage pour profiter spécialement de tes connaissances. » Il me dit d’entrer de peur que l’on me voie parler avec lui.

Il me demanda : «D’où viens-tu? »

Je lui dis : « De l’Ouest. »

Il dit : « Tu viendrais d’Afrique ? »

Je lui dis: « Vois-tu la mer après l’Afrique ? Il me faut la traverser pour entrer chez moi. »

Il dit: « D’Andalousie (Espagne) ?»

Je dis: « Et je suis venu à pieds. »

Il dit: « Rien ne me serait plus cher que de t’enseigner. Mais vois-tu ma situation ? On m’empêche de donner mes cours. »

Je lui dis alors : « Mais j’ai pu voir des mendiants venir frapper chez toi, et tu sors les remettre quelque chose. »

Il confirma. Je dis : « Alors, je m’habillerai en mendiant, viendrai frapper chez toi. Tu sortiras et, feignant de me donner quelque chose, m’enseignera de cette manière quelques Hadîths. »

L’Imam Ahmad accepta, mais afin qu’ils ne soient repérés il demanda à Baqîya ibn Makhlad de faire preuve de discrétion, de ne pas fréquenter les assemblées de science et les gens du Hadith.

Habillé en mendiant et au cri de « La Récompense ! La récompense ! Qu’Allah vous préserve (formule employée par les pauvres de Bagdad lorsqu’ils souhaitaient inciter les gens à faire des aumônes » Baqîy ibn Makhlad frappait chaque matin à la porte de l’Imam Ahmad, et ce dernier sortait, lui remettait un peu de pain et lui enseignait un ou plusieurs Hadith. C’est de cette façon que Baqîy ibn Makhlad commença son apprentissage. Il raconte qu’il apprit un grand nombre de Hadith de cette manière.

Lorsque le gouverneur qui avait interdit à l’Imam Ahmad de donner des cours décéda, celui qui le succéda adhérait à la voie des Salafs Salih et aimait les gens de la Sunnah, il donna donc l’autorisation à l’Imam de dispenser ses cours.

Et dans les assemblées de science l’Imam Ahmad faisait asseoir Baqîy ibn Makhlad près de lui, il racontait parfois à ses élèves l’histoire de cet étudiant et leur disait

« Celui-ci (Baqîy ibn Makhlad) est vraiment un Talib Al-‘Ilm (Etudiant en science religieuse) ».

C’est-à-dire que de part sa détermination dans la recherche de la science, sa grande patience (notamment en supportant le fait de s’habiller en mendiant dans but d’apprendre des hadiths) Baqîy ibn Makhlad mérite le titre de Talibou Al-Ilm.

Son apprentissage terminé, Baqîy ibn Makhlad. Retourna en Andalousie. À pieds bien sûr. Il devint un grand savant et à son retour, certains parmi ceux qui étaient ses professeurs avant son voyage comme Yahya Ibn Bakir devinrent parmi ses élèves.

On rapporte que quand il voyait chez ces élèves un manque d’ardeur, il leur disait, parlant de lui-même mais s’interdisant de se nommer par modestie : « J’ai connu des hommes qui durant leur jeunesse ne trouvaient rien à manger dans leur quête du savoir. Ils se nourrissaient des feuilles qu’ils trouvaient ci et là. J’ai connu des hommes qui durent marcher beaucoup pour acquérir le savoir. J’ai connu des hommes qui durent se priver pour pouvoir acheter de quoi écrire ce qu’ils apprenaient. J’ai connu des hommes qui durent souffrir énormément pour acquérir le savoir. Mais je ne vois plus que des gens paresseux dans leur apprentissage. »

Qu’Allah fasse miséricorde à l’Imam Baqîy Ibn Makhlad.

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