La sharî‘ah ( الشَّرِيعَة )

Dans tout le Coran qui compte 6236 versets et 77 439 mots, le mot « sharî‘ah » n’est mentionné qu’une seule fois dans un seul verset, sourate 45 l’Agenouillée; verset 18: «Puis Nous t’avons placé sur une voie (sharî’ah) relevant de Notre ordre. Suis-la donc et ne suis pas les désirs de ceux qui ne savent pas »

Elle est donc la voie droite dans son ensemble régie par la Loi divine contenue dans le Coran et mise en application par le prophète saw . Ainsi on la trouve dans la Sunnah, la deuxième source de la sharî‘ah après le Coran. Son but est d’organiser la vie du musulman pour lui assurer son salut dans l’autre monde. Elle codifie à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman, ainsi que les interactions sociétales. Cet ensemble de normes  émane de la volonté d’Allah (Shar’) et guide à la réussite auprès de Lui.

En arabe, « sharî’ah » vient de la racine šaraʿa, qui signifie « ouvrir, devenir clair ». Cela dérive de la racine šarʿ, qui signifie la voie qui mène à l’eau , qui mène à la source de vie . Le terme « sharî’ah » fait donc référence à un chemin droit et clair, mais aussi à un endroit irrigué où les êtres humains et les animaux viennent s’abreuver. C’est donc la voie qui mène à Allah ta’ala.

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« Par Sharî’ah  il faut entendre l’Islam dans sa globalité, c’est-à-dire ce que l’Islam enseigne de croyances, de conception de la vie et d’actes de culte, ce qu’il enseigne de pensées et de sentiments, d’éthique et de valeurs, de règles de politesse et de traditions, de droit et de législation. Tous ces éléments sont constitutifs de la société musulmane. Le droit appelé fiqh  n’est, malgré son importance, qu’un élément parmi d’autres. Dès lors, comment supposer que par le simple fait d’avoir émis quelques règles juridiques, nous aurons formé la société musulmane voulue ? Une législation seule ne forme pas un peuple : elle doit être appuyée par un changement de pensée et de sentiments » Sharî’at ul-islâm sâliha li-t-tatbîq fî kulli zamân wa makân, p. 134 

Notez bien que le fiqh ou droit musulman ne forme donc qu’une partie de la sharî‘ah, et bien qu’il s’intéresse à tous les aspects de la vie et applique notamment des règles en matière pénale, appliquer ce droit ne veut nullement dire appliquer ces règles pénales seulement, ni même appliquer ces règles prioritairement . Au contraire, l’application de ces règles demande que l’état de la société le permette… C’est bien pour cela par exemple que le second calife ‘Umar ibn al Khattab raa avait suspendu la peine d’amputation de la main du voleur pendant une grande famine (A’lâm ul-muwaqqi’în, 3/17-18). Le fiqh n’est pas une science rigide mais au contraire renferme sagesse et flexibilité pour s’adapter aux circonstances. C’est ce qu’enseigne le Coran et la sunnah de notre bien aimé prophète saw et c’est ce qui permet à l’Islam de traverser le temps et de rendre  toujours sa justice juste. 

« Ainsi en est-il de la peine prévue pour le vol : dans la logique de la justice qui caractérise l’islam, il n’est pas permis d’appliquer le verset coranique demandant l’amputation de la main du voleur tout en ayant délaissé les versets coraniques demandant d’établir l’acquittement de la zakât (aumône obligatoire), de donner naissance à la justice sociale, de combattre les abus des hommes sur les hommes. Il y a dans le Coran un verset qui demande d’amputer la main du voleur tandis qu’il y a des dizaines et des dizaines de versets qui demandent de dépenser de ses biens pour les nécessiteux et de nourrir les pauvres, qui interdisent la thésaurisation des biens, critiquent le désir entretenu d’en amasser toujours plus, interdisent la fraude, les prêts à intérêt, les jeux de hasard avec mise, les injustices sous toutes leurs formes, et ordonnent de donner naissance à la justice et à la solidarité sociales de sorte qu’il ne reste plus, dans une vraie société musulmane, de nécessiteux » (Ibid., p. 134).

Les principes mêmes du droit musulman stipulent de surcroit qu’il est mieux que l’on ne vienne pas porter plainte auprès du tribunal pour ce qui risque d’entraîner l’application de peines. Le Prophète saw a dit ainsi : « Pardonnez-vous entre vous ce qui est susceptible d’entraîner l’application de peines. Car une fois la plainte ayant été portée, elle sera nécessaire » (Abû Dâoûd, 4376, an-Nassâ’ï, 4885).

Ceci s’adresse au public. Plus encore, s’adressant cette fois aux juges, auxquels la plainte a été portée, un hadîth demande de chercher à faire profiter l’accusé du bénéfice du doute : « Tant qu’une possibilité existe, éloignez les peines » (Ibn Mâja, 2545).

« Autant que vous le pouvez, éloignez des musulmans les peines : s’il y a une possibilité, laissez-le aller. En effet, qu’un dirigeant se trompe dans l’acquittement vaut mieux qu’il se trompe dans l’application de la peine » (at-Tirmidhî, 1424)

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